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L'évolution du domaine skiable du grand-bornand depuis 1944

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Pour une meilleure lisibilité du sujet, celui-ci est divisé en plusieurs parties retraçant les grandes étapes de l'aménagement du domaine skiable du Grand-Bornand depuis ces débuts en 1944. Pour accéder directement à une partie, cliquez sur le nom de celui-ci dans le sommaire ci-dessous :

 

Au sommaire :

 

 

 

L'aménagement du domaine skiable de 1944 à 1961 : la S.A "le téléski du Grand-Bornand", pionnière de l'aménagement du domaine

En préambule à la création du domaine skiable, les commerçants du Grand-Bornand constituèrent le 12 décembre 1944 la S.A "du téléski du Grand-Bornand" afin de doter enfin le village d'un équipement de tourisme hivernal digne de ce nom.

L'année suivante, la construction aux Dodes d'un fil neige sur lequel les skieurs bornandins pouvaient s'initier près des fermes non loin de l'actuel camping débuta, financée par la vente d'actions souscrites par les villageois (photo 1) puis en 1946, ce fut au tour du premier vrai téléski, particulièrement difficile pour la clientèle des skieurs de l'époque qui n'avaient ni le niveau ni le matériel pour affronter sereinement la pente orienté plein nord et sans arrêt verglacée par la succession des redoux et des regels courants à cette (basse) altitude... (photo 2). S'ajoutant à un fonctionnement défectueux, les pylônes de bois pourrissaient au ras du sol, compromettant l'exploitation de l'appareil, et devaient fréquemment être changés. Il ne tourna ainsi que trois hivers avant son démontage, en 1950... 

En 1953, la S.A "du téléski du Grand-Bornand" reprit de l'activité en cherchant de nouveaux capitaux... Il fut décidé d'implanter le nouveau domaine skiable plus haut, sur l'envers du Chinaillon, pour des raisons d'enneigement et d'ensoleillement (photo 3). Elle y fit installer son téléski entièrement métallique par la société "Pomagalski" au lieu-dit "les Outalays" (photos 4 et 5). Mais ce téléski "de la piste du Chinaillon", après des débuts prometteurs, connut également quelques difficultés de fonctionnement d'abord puis surtout de fréquentation notamment en raison de son accès difficile pour la clientèle...

En effet, la route qui menait à l'époque au Chinaillon était étroite et n'offrait en haut que peu de possibilités de stationnement. Les rares automobilistes se garaient à la Place et ralliaient le téléski à pieds avant de faire la queue ! Les autres s'entassaient dans la rudimentaire navette à six roues en bois General Motors rachetée aux américains après leur départ (photo 6) qui, munie de chaînes à neige, pouvait acheminer les skieurs jusqu'au restaurant du Fou Blanc, au pied du téléski (photo 7). Cette "route de l'envers" non goudronnée comportait un pont sur le torrent du Chinaillon (en dessous du hameau de "la Place", en contrebas de l'école) et elle arrivait de plus en "cul de sac", ce qui rendait les demi-tours périlleux...

On ne s'étonne guère dans ces conditions de la stagnation des investissements : ce ne fut qu'en 1958, avec la construction du téléski du Baby, que redémarra le développement du domaine skiable. Ce téléski destiné aux débutants eut de gros problèmes de fonctionnement à sa mise en service : il fallut en faire changer les poulies, celles du constructeur d'origine étant défectueuses (photo 8) ! Le grand téléski fût dès lors rebaptisé téléski "des Gettiers", nom du hameau près duquel il arrivait. Le Chinaillon doté désormais de deux appareils était devenu un petit stade de neige.

Mais en dépit de la création d'un étroit chemin goudronné passant au pied des téléskis en direction de la Côte au début des années 1960, l'accès restait problématique. La fréquentation ne décolla pas vraiment ce qui n'arrangea pas les finances de la S.A "du téléski du Grand-Bornand"...

En 1961, la S.A décida de jouer son va-tout, et installa la plus grande remontée mécanique jamais réalisé au Grand-Bornand : le téléski de la Floria, au Chinaillon. Ce dernier appareil, long de plus de 1700 mètres, auquel on pouvait accéder à la Floria depuis le centre du Chinaillon au moyen d'une improbable passerelle de planches située au bout du chemin du home d'enfants "la Gaudinière" (photo 9), allait enfin permettre d'atteindre un sommet, celui de la Floria (1750m), qui deviendrait dès lors le nouveau point culminant du domaine skiable. De part ses caractéristiques propres méritant nombre de superlatifs, mais surtout par les innovations techniques (photo 10) mises en œuvre pour son chantier relativement pénible, cet appareil marqua tout particulièrement les bornandins, qui montèrent à bras d'homme sur des charrettes ses pylônes tubulaires (photo 11) !

Les pylônes de tous ces téléskis étaient peints en gris métallisé.

Ces premières réalisations jetèrent pour quelques années encore les bases du domaine skiable du Chinaillon, auquel on ne pouvait hélas toujours pas accéder facilement en voiture, la route des pistes n'étant pas prolongée vers l'est... (photo 14). Le seul pont carrossable restait celui de l'école, et la route stoppait toujours l'hiver au Baby.

Au cours de cette année, des changements cruciaux pour la suite s'amorcèrent : la relative réussite de la S.A "du téléski du Grand-Bornand" fondé je le rappelle par les commerçants, excita les convoitises des grand propriétaires terriens qui, jaloux, voulurent eux aussi leur part du gâteau...

Ils se regroupèrent donc afin de créer une petite S.A concurrente de la S.A "du téléski du Grand-Bornand" sous le nom de S.A "du téléski de la Mulaterie", qui entama le chantier de son téléski de la Mulaterie, long de 700 mètres environ, près du hameau éponyme au bord du bois de la Cour.

Toujours en 1961, la commune décida indépendamment des deux S.A la construction du petit téléski du Terret (qui est actuellement la plus ancienne remontée existante sur le domaine skiable) et de l'exploiter au sein d'une régie municipale comme "téléski de village" visant une clientèle débutante de proximité...

Une autre époque plus concurrentielle donc agitée venait de commencer, j'en veux pour preuve le plan des pistes "erroné" de l'hiver 1961/1962 : si le téléski de la Floria y figure en bonne place, nulle trace du téléski concurrent de la Mulaterie (photo 14) !

Après des débuts difficiles, les courageux investissements de ce début des années 1960 allaient-ils éloigner la menace permanente de faillite dans laquelle la S.A "du téléski du Grand-Bornand" se trouvait depuis sa création ou précipiter l'échéance ? Nul ne pouvait le dire, car la neige se fit désespérément attendre en cette fin 1961 : il fallut tester le téléski de la Floria à peine livré en prenant les perches à pied ! (photo 12)

 

 
1) Le fil-neige des Dodes au Grand-Bornand, vers 1946
 
 
2) Le village et ses deux remontées (1948)
 
 
3) Le Chinaillon ouest inéquipé, avant 1952
 
4) L'annonce de la construction du téléski du Chinaillon (1952)
 
 
5) La construction du téléski du Chinaillon (1952)
 
 
6) Le véhicule General Motors six roues, transformé en navette (1953)
 
 
7) L'arrivée de la navette au téléski du Chinaillon vers 1954
 
 
8) Le téléski du Télé-Baby hors-service en raison de gros problèmes techniques en 1959 !
 
 
9) Le home d'enfants "la Gaudinière"
 
 
10) L'hélicoptère sur le chantier du téléski de la Floria (1961)
 
 
11) Le montage d'un des pylônes de la corniche du téléski de la Floria (1961)
 
 
12) F. Missillier tenant la perche lors de la livraison de la Floria à Noël 1961, sans neige !  
 
13) La brochure de l'hiver 1961
 
 
14) Le plan des pistes du Grand-Bornand en 1961

 

Crédits photographiques :

Les clichés n°1, 3, 4, 5, 6, 7, 10, 11 et 12 ont été aimablement fournis par M. Félicien Missillier. Les clichés n°2 et 9 ont été fournis par Jérôme Rolland. Les clichés n°8, 13 et 14 ont été retrouvés par mes soins.

 

© Guillaume Attard pour www.ski-aravis.com (décembre 2009)

 

 

 

L'aménagement du domaine skiable de 1962 à 1974 : la S.A "du téléski du Grand-Bornand" (= "les gris") contre la S.A "Chinaillon Beausite" (= "les rouges")

Malgré l'installation du fabuleux téléski de la Floria qu'elle inaugura le 11 janvier 1962 (photo 1), la S.A "le téléski du Grand-Bornand" n'entendait pas se laisser distancer par cet embryon de concurrence, sentant bien chez la S.A "du téléski de la Mulaterie" un très fort potentiel financier, mais surtout foncier... Elle lança donc dans la foulée la construction du téléski de Chatillon, partant du hameau de la Côte et arrivant au col du même nom d'où s'offrait une vue somptueuse sur la chaîne des Aravis (photo 2). L'appareil, toujours un "Poma", marchait au mazout !

La zone, agréable et peu technique, était fort connue des randonneurs à ski depuis les années 1930 mais jusque là inéquipée... Le tracé particulièrement étrange de cet appareil qui existe encore avait pour but de contourner la zone avalancheuse de l'envers des Arces. La beauté et la bonne qualité de la neige du site exposé au nord ouest ainsi que le célèbre "Bois à Casimir" firent son succès. Et en prime, il devint possible de rallier à skis le village via de superbes et longs itinéraires hors pistes !

En 1963, elle installa le premier véritable téléski pour grands débutants du Chinaillon, nommé "téléski enfants". Il partait du bord de la route menant aux Outalays et arrivait en contrebas du chemin qui menait à la Côte. Et le téléski de la Mulaterie déménagea au départ du hameau et fut rallongé sous le nom de "téléski de la Cour" (photo 3). 

En 1966, la S.A "du téléski de la Mulaterie" fut recapitalisée, devenant la S.A "Chinaillon Beausite". Dotée désormais de gros moyens financier, la Beausite déclara alors la guerre à la S.A concurrente en installant le grand, rapide et vertigineux téléski du Châtelet destiné à faire venir une fraction plus sportive de la clientèle "volée" à la S.A "le téléski du Grand-Bornand" (photo 4).

L'année suivante, en 1967, elle s'attaqua au monopole de cette dernière sur la clientèle débutante en installant à son intention les téléskis du Venay (sur la route du col de la Colombière) et du Mini-Schuss, sur l'envers du Chinaillon. Les pylônes de ces téléskis, peints en rouge minium caractéristique des installations Beausite, étaient aisément reconnaissables. Ces appareils, du fait qu'ils ne formaient pas un domaine bien relié, n'étaient pas à même de concurrencer sérieusement le téléski de la Floria et attiraient plutôt une clientèle peu sportive et surtout plus clairsemée...

La S.A "du téléski du Grand-Bornand" prit de surcroît en octobre 1967 le nom plus adapté et plus vendeur de S.A "des téléskis du Grand-Bornand"... La Beausite, désavantagée, ralentit dès lors de façon délibérée le développement de la S.A "du téléski du Grand-Bornand" en n'accordant pas le passage des futures remontées mécaniques sur les terres de ses actionnaires ! Ainsi, en 1967, le projet fait par la S.A "les téléskis du Grand-Bornand" de liaison du Chinaillon avec le village tomba à l'eau...

Notez que l'appellation "Chinaillon" était à l'époque réservée au seul village. Juste après la construction des premiers immeubles (dont "les Rhododendrons" et "la Résidence") dans les années 1960, la station fut rebaptisée "Super Grand-Bornand" sans doute par effet de mode mais cela ne dura pas ! (photos 5, 6, 7 et 8).

Après une pause de cinq ans, le développement du domaine skiable commença à s'accélérer de façon spectaculaire en 1972 sous la pression de la S.A "Chinaillon Beausite" qui, si elle voulait éviter le dépôt de bilan à moyen terme, devait coûte que coûte augmenter sa clientèle en investissant dans l'extension de son parc d'installations...

Alors que la S.A "des téléskis du Grand-Bornand" toujours dans son idée de relier le Chinaillon au village mais étranglée ne put qu'installer le petit téléski de la Côte et moderniser celui de Chatillon, la S.A "Chinaillon Beausite" passa à la vitesse supérieure en installant vers la vallée du Maroly (dont les terres appartenaient à ses actionnaires) trois nouveaux téléskis et non les moindres : la Cour 1, les Bouts et son fleuron le téléski du Maroly, alors le plus haut de la station. Le téléski de la Cour fut de surcroît rallongé afin d'accéder au Maroly, prenant le nom de "Cour 2", ce qui fit de cette campagne d'aménagement la plus importante jamais réalisée au Grand-Bornand jusque là. On rentrait du Maroly en empruntant le téléski des Bouts puis en rejoignant le sommet de la Cour 2 via un chemin au flanc de la Floria (cet itinéraire, bien que peu fréquenté, existe encore : il est même régulièrement damé).

Durant les années 1961 à 1974, il exista donc deux forfaits : les "rouges" et les "gris".

Les deux compagnies concurrentes communiquaient dans les mêmes publications, celles du syndicat d'initiative, mais dans des encarts différents dans lesquels chacune mettait en avant son atout principal : la Floria pour la S.A "les téléskis du Grand-Bornand" (photo 9), et le "nouveau domaine skiable du Chinaillon" (comprenez le secteur du Maroly !) pour la S.A "Chinaillon Beausite" (photo 10), qui ne comptait pas en rester là à en juger par sa réclame exposant la future extension du secteur du Maroly !!! En effet, il était prévu de construire quatre téléskis : le "téléski (SIC) de la Sonnerie" (non réalisé mais dont le tracé est celui de la première moitié du téléski du Chouly), le téléski "de l'Almet" (le seul qui ait été effectivement réalisé sous ce nom), le téléski "des Terres Rouges" (non réalisé) et enfin le téléski "du Vacheret" (réalisé, mais sous le nom de "Prarian").

Toutefois, les deux compagnies présentaient leurs tarifs dans un même encart (photo 11) probablement pour satisfaire la demande de la clientèle, lassée de devoir choisir entre deux domaines skiables sur le même site... (photo 11). A noter que le forfait commun fut instauré à partir de 1968 mais pour la S.A "les téléskis du Grand-Bornand" les bénéfices s'effondrèrent, minés par la concurrence féroce de la Beausite qui non seulement bloquait son développement mais en plus partageait une clientèle d'autant moins extensible que l'offre en lit sur la commune stagnait depuis quelques années. Tant et si bien qu'elle fit faillite en 1973, avant d'être dissoute. Une page était définitivement tournée et pas la moindre : celle des pionniers de l'équipement du domaine skiable.  

Ne pouvant se résoudre à voir son domaine skiable lui échapper, la commune reprit en 1973 l'exploitation des installations au sein de la régie existante et s'engagea dans une fuite en avant sans précédent dont le financement provint de la multiplication des permis de construire jusque là très limités, principalement accordés dans les zones préalablement viabilisées dans les années 1960 (photo 12) donc utilisant l'infrastructure existante (routes, approvisionnement en eau,...). Les résidences neuves offrant des surfaces moins généreuses donc plus accessibles aux acheteurs y poussèrent comme des champignons générant de ce fait de grosses recettes à court terme via les taxes particulièrement élevées au Grand-Bornand (photo 13). Ce fut là le vrai coup de génie de la municipalité de l'époque qui, en réaction à la crise générée par le premier choc pétrolier, ne s'assura rien de moins que la garantie d'une trésorerie absolument indépendante de tout aléa conjoncturel : dès lors cette politique ne cesserait plus, d'autant moins qu'à partir de ce moment là, le front de neige fut enfin desservi par la toute nouvelle route des pistes le long du torrent du Chinaillon, ce qui permit de faire exploser l'offre de stationnement par la création progressive d'une gigantesque grenouillère qui allait accompagner la croissance du village et de ses infrastructures (photo 14).

Toujours en 1973, furent construits les deux premiers télésièges de la station : le biplace débrayable de la Joyère (le quatrième installé en France par la société Pomagalski), et le biplace fixe de la Taverne (photo 15), les deux maillons d'une liaison village/Chinaillon attendue depuis 1967 ! Deux téléskis, le Roc des Arces et les Combes, furent également construits cette même année au niveau de la station intermédiaire entre les deux télésièges sur le plateau de la Joyère afin d'offrir enfin aux skieurs débutants des pistes prévues pour eux et ensoleillées en accès direct depuis le village (l'offre jusque là était ridicule). Le record du plus gros chantier de 1972 détenu par la Beausite était désormais battu...

La fréquentation du domaine explosa donc dès l'hiver 1973/1974, comme l'immobilier soutenu par une crise pétrolière désormais durablement installée et très encouragé par la municipalité.

Tous les bénéfices furent aussitôt réinvestis en 1974 par la régie dans la poursuite de l'aménagement de la vallée du Maroly, dans laquelle furent installés trois nouveaux téléskis par le constructeur haut-savoyard Montagner. Il s'agissait des téléskis du Chouly, du Prarian (voir l'extraordinaire photo 16), et de l'Almet. Le Chouly était d'ailleurs, avec ses 1850 mètres de long, la plus longue des remontées mécaniques du domaine skiable. Ces trois appareils furent les derniers grands téléskis à usage public à être installés sur le domaine. En effet les télésièges, apparus sur le domaine l'année d'avant, allaient désormais les supplanter de façon définitive sur les longs parcours. D'ailleurs le troisième d'entre eux, la Tolar, fut commencé cette même année seulement la neige précoce de septembre 1974 ne permit pas son achèvement !

Le 03 octobre 1974, une nouvelle société d'économie mixte, la S.A.E.M "les téléskis du Grand-Bornand" fût constituée. Elle regroupa la régie communale (qui possédait le Terret, la Joyère, la Taverne, le Roc des Arces et les Combes ainsi que le Chouly, le Prarian et l'Almet alors encore en construction) et les anciens actionnaires de la S.A "les téléskis du Grand-Bornand" (qui possédaient la Côte, le Chatillon, les Outalays, le Baby et la Floria). Elle fit la part belle à ces derniers, dont le rôle pionnier dans l'aménagement du domaine fut reconnu à sa juste valeur...

La S.A "Chinaillon Beausite" quand à elle, sortit victorieuse de la guerre et survécut : ses investissements massifs sur la vallée du Maroly avaient été payants, faisant significativement décoller son chiffre d'affaire. Dès cette époque, toutes ses installations rouges qu'on accusait de polluer visiblement le Chinaillon en été (ce qui était un comble étant donné le nom de cette S.A) furent repeintes en vert foncé ! Toutefois, consciente de sa fragilité et de ses intérêts, la S.A "Chinaillon Beausite" se rapprocha très sensiblement de la nouvelle et puissante S.A.E.M avec laquelle elle s'associa de façon à ne proposer désormais qu'un seul forfait de ski, valable sur toutes les installations : enfin !

 

 
1) Ouverture de la Floria (1962)
 
 
2) Depuis le col de Chatillon (1962)
 
 
3) Le téléski de la Cour en 1964
 
 
4) La construction du téléski du Châtelet (1966)
 
 
5) Super Grand-Bornand en multivue
 
 
6) Le plan des pistes de 1966
 
 
7) Le plan des pistes de 1967
 
 
8) Super Grand-Bornand en version pop psychédélique !
 
 
9) La réclame de la S.A "les téléskis du Grand-Bornand" (1972)
 
 
10) Le plan des pistes de la S.A "Chinaillon Beausite" de 1972
 
 
11) Les tarifs 1972 et le forfait commun
 
 
12) La viabilisation du Samance, entamée à la fin des années 1960
 
 
13) Le Chinaillon centre en 1973
 
 
14) La route des pistes et sa grenouillère, vers 1974
 
 
15) Construction de la Joyère et de la Taverne (automne 1973)
 
 
16) Construction du Prarian en 1974

 

Crédits photographiques :

Les clichés n°1, 3, 15 et 16 ont été aimablement fournis par M. Félicien Missillier. Les clichés n°4, 5, 12, 13 et 14 ont été fournis par Jérôme Rolland. Les clichés n°2, 6, 7, 8, 9, 10 et 11 ont été fournis par moi-même sur la base d'archives familiales.

 

© Guillaume Attard pour www.ski-aravis.com (décembre 2009)

 

 

 

L'aménagement du domaine skiable de 1975 à 1984 : la SAEM et la modernisation du domaine

Une des premières missions de la nouvelle société anonyme d'économie mixte (S.A.E.M) fut d'achever, en 1975, la construction du télésiège de la Tolar commencée et interrompue en 1974.

Ce troisième télésiège offrit un ski propre intéressant (contrairement aux deux premiers servant principalement de liaison) via une jolie piste exposée au nord, un retour direct du Maroly vers le village du Grand-Bornand en évitant les téléskis saturés du Chinaillon et enfin l'alternative au redoutable téléski de la Floria.

Cette année vit aussi la construction dans l'urgence par la Beausite, désormais partenaire voire satellite de la nouvelle SAEM, d'une nouvelle remontée sur le secteur du Chinaillon : le téléski de la Bournerie, qui n'était pas destiné aux débutants mais devait permettre aux skieurs du centre du Chinaillon de gagner rapidement les installations de la Beausite sur les côtés du domaine skiable en évitant le point noir de la Floria.

En 1976, deux télésièges Montaz-Mautino au design résolument moderne (pylônes épurés et véhicules orange) furent construits en même temps par la SAEM :

  1. Le télésiège biplace du Lachat, nouveau et vertigineux point culminant du domaine, destiné à attirer une nouvelle clientèle sportive et à donner au domaine une nouvelle dimension.
  2. Le télésiège triplace fixe des Outalays (photo 1) destiné à rallier directement le Grand-Bornand village (voir article "le téléski des Outalays") en évitant les queues effroyables aux pieds des téléskis existants.

Cette même année 1976, la S.A "Chinaillon Beausite" refit parler d'elle en installant ses deux ultimes remontées mécaniques : le téléski de la Mulaterie, le long du bois de la Cour, ainsi que son premier télésiège : le télésiège triplace fixe du Châtelet. Ce nouveau Châtelet était surtout destiné au prestige de la Beausite, qui proposait enfin à son tour un télésiège, triplace de surcroît ! De fait, ne servant pas à grand chose, ledit télésiège n'eut pas vraiment le succès escompté. Après ces gros coups de part et d'autre qui rajeunirent l'image du domaine (photo 2), les investissements allaient marquer une pause de deux ans. 

En 1977, le téléski "Enfants" (à l'extrême ouest du Chinaillon) fut même démonté sous la pression immobilière toujours croissante (photo 3)...

La SAEM reprit donc seule les investissements en 1979 (photo 4) avec la construction du télésiège fixe des Languières qui sera le dernier biplace (photo 5), du mini téléski du Crozat, mais surtout la restructuration du télésiège de la Joyère qui devint, suite à un dramatique accident sur la ligne la télécabine quadriplaces de la Joyère, la première du Grand-Bornand ! Elle s'accompagna de la réalisation de la longue piste des Envers, dont le bas était bordé d'étranges tuyaux munis d'injecteurs : les premiers canons à neige venaient d'apparaître, et ils n'avaient pas fini de faire parler d'eux !

En 1980, le téléski du Stade (à usage restreint) fut l'ultime téléski débrayable neuf installé au Grand-Bornand, doublant celui de la Floria sur le milieu de son parcours, lequel céda la place l'année suivante au télésiège triplace fixe de la Floria. Notons que ce remplacement fut une première, car jusque là on doublait simplement les téléskis existants d'un télésiège, ce qui certes modernisait le secteur mais n'en constituait pas une véritable optimisation.  

En 1981 toujours, la méritante SA "Chinaillon Beausite", qui avait dès 1974 perdu son avance et une partie de son indépendance, finit par être absorbée par la SAEM vingt ans après sa fondation et suite à un long déclin, sans doute accéléré par la construction de son inutile télésiège...

Deux télésièges du même type que la Floria étaient également prévus cette année là dans un tout nouveau secteur encore vierge de remontées mécaniques, la superbe vallée de la Duche : le but était de s'approcher de la Pointe-Percée et d'en équiper les abords afin de river le clou de l'éternelle rivale la Clusaz qui depuis 1962 narguait le Grand-Bornand avec sa mythique combe de Balme, mais ce projet souleva la colère des militants écologistes qui le bloquèrent jusqu'en 1982, année au cours de laquelle les télésièges triplace fixe de la Duche et des Annes (photo 6) furent achevés contre la garantie de ne pas "s'attaquer" à la Pointe Percée !

Après une nouvelle année de pause (photo 7) qui vit l'ouverture du premier 3 étoiles et dernier hôtel du Chinaillon (photo 8), les deux derniers télésièges triplace fixes du domaine furent construits, pourvus de nouvelles gares motrices au design repensé : les gares "Alpha".

Le premier, les "Terres-Rouges" (photo 9), était destiné à doubler le téléski du Chouly qui, étant l'accès principal du Prarian, de l'Almet et depuis peu de la Duche et des Annes, saturait complètement ! Conçu à l'origine pour pouvoir être transformé en télésiège triplace débrayable, cet appareil n'évoluera hélas jamais...

Le second, le "Crêt", devait résorber le point noir des files d'attente au télésiège de la Taverne dont le débit n'était plus en relation avec celui de la télécabine de la Joyère. Ce télésiège (dont la station motrice se trouve en gare supérieure) accomplit sa mission en offrant en prime une nouvelle piste bleue en forêt très agréable, dans un coin encore vierge de la Joyère.

Les remontées mécaniques de l'époque desservaient déjà toutes les pistes actuelles, même si certaines étaient en fait des hors pistes tandis que depuis déjà dix ans, les massifs "immeubles chalets" poussaient un peu partout (photo 10)...

Ayant accompli sa mission en mettant à jour le parc de remontées mécaniques et en donnant au domaine skiable sa dimension quasi définitive (photos 11 et 12), la prudente SAEM du Grand-Bornand à nouveau endettée entra dès lors dans une nouvelle phase dite de "développement raisonné" afin d'éviter les erreurs des S.A qui l'avaient précédée...

 

 
1) Le télésiège triplace des Outalays, très moderne pour son époque
 
 
2) Le plan des pistes 1976-77
 
 
3) Le Chinaillon est, vers 1978
 
 
4) Le plan des remontées mécaniques du Grand-Bornand en 1979
 
 
5) Le télésiège des Languières en 1979
 
 
6) La vallée de la Duche, un nouveau terrain de jeux
 
 
7) La liste des installations en 1983
 
 
8) L'hôtel "Roc des Tours" aux nouveaux standards pour l'époque (1983)
 
 
9) Le télésiège des Terres-Rouges
 
 
10) Le fameux plan de la station en BD humoristique des années 1980 !
 
 
11) Le plan des pistes 1984-85 (1/2)
 
 
12) Le plan des pistes 1984-85 (2/2)

 

Crédits photographiques :

Les clichés n°1, 3, 4, 6, 7 et 9 ont été fournis par Jérôme Rolland. Les clichés n°2, 5, 8, 10, 11 et 12 ont été retrouvés par mes soins.

 

© Guillaume Attard pour www.ski-aravis.com (janvier 2010)

 

 

 

L'aménagement du domaine skiable de 1985 à 1994 : la SAEM entre développement raisonné et diversification nécessaire...

En décembre 1984, la clientèle découvrit avec joie au Maroly le nouveau télésiège triplace fixe des Terres Rouges, doublant désormais le Chouly pour le plus grand bonheur des monoskieurs de plus en plus nombreux. Au passage le téléski du Maroly fut raccourci, ce qui permit de sécuriser le bas du secteur en évitant que la piste venue de la Cour et de la Tolar n'ait à le traverser. Ce télésiège (pourvu des familiers sièges "Goutte d'eau") ainsi que celui du Crêt (pourvu lui de tous nouveaux sièges nommés "Arceau") renvoyèrent pour un temps au rang de souvenirs les queues du Chouly et du sommet de la Joyère : il est vrai que la vague de froid record de janvier à février 1985 ralentit hélas un peu les ardeurs des skieurs !

Dès lors le domaine skiable avait atteint ses limites actuelles, offrant plus de pistes et d'itinéraires que jamais auparavant : il ne s'agrandirait plus de façon réellement significative !

Par contre au milieu des années 1980, les fameux "immeubles-chalets" ou "jumbo chalets" d'inspiration suisse désormais devenus "typique" ailleurs dans les Alpes françaises continuaient à miter à tout allure aussi bien le village (notamment sur Villavit et au pont de Suize) que le Chinaillon (notamment au Samance et au cœur même de la station, dans la rue principale), soutenant toujours les finances de la commune qui devait faire face aux remboursement des crédits contractés pour l'extension du domaine skiable. La machine désormais bien rôdée fonctionnera à ce moment là à plein régime : au grand dam de quelques nostalgiques rien ne lui résista, pas même le vieux village du Chinaillon ni la route de la Côte, le long de laquelle s'implanta le gros hôtel "le Sonnerat", en contrebas des rares chalets anciens ou contemporains déjà existants. 

Restait un gros point noir du domaine skiable, celui de la liaison village/Chinaillon. Le télésiège de la Taverne avait certes été doublé, mais le problème de la queue au pied de la Joyère demeurait, devenant si crucial qu'il menaçait l'attractivité même du village en saison hivernale.

C'est en 1986 qu'allait intervenir la solution miracle : un nouveau téléporté au débit jusqu'alors jamais égalé dans la station (1800 personnes/heure) allait ainsi créer une liaison parallèle, partant du pied des Envers jusqu'à la crête surplombant le hameau de la Côte ! C'est ainsi que la télécabine "du Rosay" vit le jour après un titanesque chantier à l'image de l'appareil lui-même, immense télécabine de 2256 mètres de longueur dotée de 22 pylônes et de véhicules disposant de 12 places chacun ! (photo 4). L'addition, environ quarante millions de francs de l'époque, fut très salée pour la SAEM donc pour la commune qui dût acquérir une partie des terrains survolés par l'engin. Les pylônes furent montés en novembre, juste avant de précoces et abondantes chutes de neige (40 cm environ) qui permirent l'ouverture d'une partie du domaine skiable du Chinaillon (de la Cour aux Outalays) dès le 23 novembre : du jamais vu auparavant ! Cette saison d'hiver 1986/1987 se présentait donc pour le mieux : une nouvelle télécabine juste terminée en rodage (photo 5) et la neige déjà au rendez-vous.

Hélas, cela n'allait pas durer...

Dès le début du mois de décembre, un inhabituel et violent courant du sud perturbé déversa des trombes d'eau bien au delà de 2000 mètres d'altitude de façon durable. Ce puissant et durable redoux fit presque intégralement disparaître la neige dont ne subsista qu'une dizaine de centimètres vers le Maroly d'en haut. Le domaine skiable ferma juste avant les vacances de Noël au nez des vacanciers, avant que ne s'installe de façon particulièrement durable un temps ensoleillé, sec et froid.

On rouvrit cependant la piste du Prarian : la nuit, les camions allaient chercher les névés de la route du col et amenait la neige au Maroly d'en haut via la route des Bouts, où la dameuse allait l'étaler en un mince ruban. Le jour, le téléski du Prarian était relié au Chinaillon par une noria de skibus rouges qui empruntaient ce même chemin caillouteux, se croisant à peine. Après 10 minutes de navette et ½ heure de queue, les téméraires skieurs avaient le droit à quelques descentes (dont le nombre fut plafonné afin de pouvoir satisfaire tout le monde) sur un chemin amélioré au ras des rhododendrons qui se finissait sur de la paille : ce pathétique spectacle a marqué durablement les esprits.

A cette époque, les seuls canons à neige se trouvaient sur le bas de la piste des Envers et ne pouvaient pas servir à grand chose, étant juste conçus pour servir d'appoint à l'enneigement naturel qui jusque là n'avait jamais fait défaut au Chinaillon : on les fit tout de même tourner pour récupérer leur précieuse production. On fit aussi tourner gratuitement durant toutes les vacances les deux télécabines afin de promener les gens (bien que celle du Rosay ait connu quelques couacs de rodage).

La neige revint bien fin janvier, mais pas en abondance suffisante pour que tout le domaine n'ouvre (pas plus d'une quarantaine de centimètres) et avant Pâques, elle avait déjà disparu. Cette saison fut l'une des plus moroses jamais vécue au Grand-Bornand : les bénéfices dégagés ne suffirent plus à honorer les dettes record de la SAEM largement gonflées par la construction de l'énorme Rosay. Ceci eut pour effet immédiat de geler toute évolution du domaine skiable.

L'été suivant, un orage d'une rare violence abîma la topographie du domaine. Mais surtout, il provoqua la dramatique catastrophe du camping emporté par le Borne le 14 juillet 1987 dont les films et les photos firent le tour du monde, écornant encore l'image de la station dont la responsabilité fut mis en cause et qui dut indemniser les familles des victimes. Notons cependant LA bonne nouvelle de cet été 1987 : pour la première fois, la mise en service estivale par la SAEM de la télécabine du Rosay ainsi que du télésiège du Lachat devant le potentiel représenté par le parapente et le "mountain bike" mais, plus que tout, la nécessité impérieuse de rentabiliser ses installations !

Hélas, l'hiver 1987/88 qui suivit fut différent mais guère plus enneigé. En effet, la station put à peine tourner à Noël : la noria de skibus vers le Prarian, mais aussi cette fois l'Almet et le Chouly (que l'on fit tourner en téléski fixe sur la seconde moitié de son parcours, avec une vitesse lente) reprit... Si il neigea un peu en janvier, le redoux fit que dès février on skiait sur des rubans de neige sale au milieu des pâturages roussis pour finir au printemps par une ouverture des pistes en pointillé au grès des rares et faibles chutes de neige et des redoux successifs !

Les deux saisons suivantes (1988/89 et 1989/90) furent marquées par l'alternance de la neige toujours en faibles quantités, de la pluie et du soleil dans une ambiance douceâtre ce qui ne permit pas l'exploitation du domaine en continu au delà du début du printemps. Les téléskis pour débutants du Mickey et du Pont de Suize situés jusque là au village, durent d'ailleurs dès 1989 être installés plus haut en altitude dans un secteur mieux enneigé, au pied de la gare supérieure du Rosay.

De cette époque date aussi la création de la Patinoire artificielle au village, vers les Dodes, de façon à apporter une activité d'appoint qui avait disparu depuis les années 1970 !

Dès lors, l'immobilier s'effondra en dépit de changements successifs du plan d'occupation des sols par la municipalité dans le but d'attirer les investisseurs. Des recettes en stagnation, une dette qui explosait : la commune était désormais étranglée par cette succession malheureuse d'hivers sans neige. La fin du ski au Grand-Bornand ??? La terrible rumeur circulait de plus en plus ouvertement.

En 1990, le ski sur herbe et la trottin'herbe firent leur apparition sur la piste du Mini-Schuss, ce téléski étant à son tour rentabilisé par la SAEM en étant exploité l'été ! Quel bonheur alors de faire du ski et de prendre le tire-fesse sous le soleil de juillet ! Cet été là, les évènements du Moyen-Orient (guerre du Golfe) mirent un coup d'arrêt à l'immobilier déjà moribond : le prix du mètre carré plongea et beaucoup de projets furent retardés de plusieurs années au Chinaillon (comme "Evalp" ou "Les marmontains").

Il fallait d'urgence réagir : la piste du Prarian ayant deux hivers durant permis d'assurer une offre minimum en ski, il fut donc décidé à l'automne 1990 le démontage du téléski des Bouts sous exploité afin de l'installer plus haut en parallèle à celui du Prarian ainsi que l'achat d'un canon à neige basse pression mobile, pour la modique somme de 500 000 francs. L'étrange engin ressemblant vaguement à un sèche-cheveux de couleur turquoise fut installé en démonstration sur les tennis du Chinaillon. Il était alimenté par un tuyau qui venait du torrent en traversant la route entre des planches de bois ! Sa mise en route et le panache qui en résulta suscita l'admiration béate de l'assistance, qui vit bientôt s'accumuler à son pied un tas de "neige". Il eût en tout cas le mérite de faire revenir la vraie neige, qui serait dès lors abondante au Chinaillon pour très longtemps !

Les années "sans neige" étaient derrière nous, mais nous ne le savions pas encore : la situation restait très critique pour la SAEM qui fut contrainte au développement le plus mesuré possible. L'essai concluant du canon à neige du Chinaillon acheva de réorienter sa politique : le développement de la neige de culture dont elle s'était jusque là peu soucié deviendrait désormais la priorité absolue dans l'aménagement du domaine skiable...

Ainsi, en 1992, elle acheta deux canons basse pression de plus bien que sur le plan des pistes ne figure pas encore la mention "neige artificielle".

Le 04 janvier 1993, la télécabine de la Joyère brûla malencontreusement... l'assurance n'acceptant de payer que si un appareil identique était construit. Or, à l'époque, les "œufs" 4 places ne se faisaient plus : la SAEM commanda donc à la société Poma une télécabine quatre places entièrement neuve (à l'exception de la gare inférieure), dotée des nouvelles cabines "Espace 4" créées tout exprès pour cette occasion : elle fut d'ailleurs avec celle de Luchon/Superbagnères l'ultime télécabine quadriplace neuve installée en France !

De plus, la SAEM déplaça le téléski de la Mulaterie lors de l'extension vers le Maroly de la route des pistes, réalisa l'installation de deux cordes pour les débutants (le "Castor" et le "Donald") mais surtout celle de deux mini réseaux d'enneigement basse pression enterrés, alimentés par le torrent du Chinaillon :

  • le premier allait de la Bournerie au pied du Châtelet
  • le second était au pied du Maroly, le long de la piste du Chouly

Les canons étaient déplacés à la dameuse d'un regard à l'autre, et la faible quantité d'eau prélevable dans le torrent ne permettait pas un bon rendement...

En 1994, la SAEM dont les affaires commençaient enfin à sérieusement reprendre suite au retour de la neige, put implanter un lac artificiel sur le site du marais de la Cour afin d'alimenter de façon satisfaisante un futur réseau d'enneigement artificiel fixe sur le domaine skiable du Chinaillon, ce qui permettrait enfin l'enneigement ultérieur d'une piste complète. Le choix de cet emplacement fut dicté par la présence d'un ensemble de sources au débit très régulier susceptible d'êtres captées sans créer trop de dommages à l'environnement : les associations écologistes veillèrent au grain et réussirent à réduire le projet initial ; une partie du marais fut ainsi sauvée.

Avec ce lac, la SAEM allait désormais pouvoir envisager son avenir avec plus de sérénité : l'optimisation du domaine skiable aux installations vieillissantes allait maintenant commencer...

 

1) Le Chinaillon centre (bas) vers 1985 
 
 
2) La construction de la télécabine du Rosay (automne 1986) 
 
 
3) La ligne du Rosay flambant neuve (février 1987) 
 
 
4) La télécabine du Rosay exploitée l'été 
 
 
5) Le plan des pistes 1988-89 
 
 
6) La nouvelle patinoire artificielle (1989) 
 
 
7) Louis Jalle, l'instigateur du ski sur herbe au Grand-Bornand 
 
 
8) Le canon "basse pression" à l'essai au bas du Châtelet 
 
 
9) Le plan des pistes 1991-92 (1/2) 
 
 
10) Le plan des pistes 1991-92 (2/2) 
 
 
11) Un canon sur le nouveau réseau basse pression du Chinaillon (décembre 1993) 
 
 
12) Le lac artificiel de la Cour (1994), porteur de tous les espoirs... 
 

 

Crédits photographiques :

Le cliché n°1 a été fourni par Jérôme Rolland. Le cliché n°2 provient du Dauphiné Libéré. Les clichés n°3 à 10 ont été retrouvés par mes soins et je suis l'auteur des photos 11 et 12.

 

© Guillaume Attard pour www.ski-aravis.com (février 2010)

 

 

 

L'aménagement du domaine skiable de 1995 à nos jours : l'optimisation du domaine skiable

A l'été 1995, le plus grand chantier destiné à la neige de culture qu'ait connu la station jusque là se poursuivit par la création d'un réseau complet sur la piste des Terres-Rouges (débaptisée depuis). Ce réseau monofluide, réalisé par la société Montagner (celle qui installa les téléskis du Chouly, du Prarian et de l'Almet dans les années 1970 et qui s'est un temps reconvertie dans la neige de culture avant de disparaître) fut relativement simple à mettre en œuvre, étant donné qu'il n'y avait que des canalisations d'eau à y faire passer (photo 1). Le mini réseau du Chinaillon fut quand à lui modernisé : une ligne de canalisations fut tirée des bords de la piste de la Floria (devenue "Pessotays") jusqu'au Châtelet, en passant par la Bournerie.

Le lac de la Cour, retenue collinaire assez importante d'une capacité de 55 000 m³, fut rempli par la surverse issue des diverses sources alimentant le ruisseau de la Cour et relié au nouveau réseau des Terres-Rouges, équipé de nombreux enneigeurs, mais pas à celui du Chinaillon qui se fournissait encore dans le torrent au grand dam des associations de pêcheurs...

Tout fut fin prêt pour le début de la saison d'hiver 1995/96 et ceci constitua un excellent argument publicitaire (photo 2). Le marché de l'immobilier ne s'y trompa pas : les chalets individuelles, alors en vogue, commencèrent à miter toute la vallée du Chinaillon tandis que les immeubles-chalets, toutefois plus petits et mieux intégrés que ceux des années 1970/80, firent leur discret retour. En cas d'absence de neige, les skibus accéderaient facilement aux Terres Rouges en empruntant la toute nouvelle extension de la route des pistes...mais la neige ne manqua pas cette saison !

C'était un bon début, mais cela ne suffisait pas à la SAEM (photos 3, 4 et 5) qui, à partir de 1997 allait poursuivre ses investissements non seulement dans la neige de culture (en dépit des déperditions du lac de la Cour), mais aussi dans le renouvellement du parc de remontées mécaniques. Après 11 ans d'interruption, on eut enfin le plaisir de voir de nouvelles installations !!!

Ce fut le télésiège quadriplace fixe du Châtelet, premier quadriplace du Grand-Bornand, qui ouvrit le bal (photo 6). Cet appareil haut débit (2400 personnes/heure en théorie, et 2250 en pratique) est doté (comme les Terres Rouges et le Crêt) d'une gare Alpha bleue à 6 vitres (mais à pieds écartés), de sièges "Arceau" (les même que ceux du Crêt, mais en 4 places) et d'un tapis d'embarquement. Il remplaça le téléski et le télésiège du Châtelet sur un tracé inédit.

Parallèlement, le bas de la piste de la Tolar ainsi que la piste du Lac furent à leurs tours équipés d'enneigeurs monofluides garantissant ainsi l'aller et le retour vers les Terres-Rouges. Le mini réseau du Chinaillon fut enfin relié au lac de la Cour, ce qui permit un accroissement de la production sur ce secteur.

En 1998, le télésiège fixe quadriplace "des Gettiers", en tout point analogue à celui du Châtelet, vint remplacer les trois téléskis du Baby, du Mini-Schuss et des Outalays mais surtout, sa piste fut intégralement équipée d'enneigeurs monofluides à basse pression Montagner (photo 7). Ce nouveau réseau (qui se relia au lac de la Cour depuis le sommet du Châtelet en se branchant sur celui de la piste du Lac) permit également d'enneiger le chemin menant du Châtelet au sommet des Gettiers, mais aussi le haut et le bas des Outalays. On disposa dès lors de trois pistes enneigées (Terres Rouges, Gettiers et Outalays) "reliées" entre elles, à ceci près toutefois qu'il était impossible de relier le Châtelet (donc le Maroly) depuis les Gettiers !

En 1999, la SAEM installa le nouveau télésiège quadriplace fixe de la Tolar en remplacement de l'ancien télésiège biplace. Cet appareil diffère des deux précédents quadriplaces par sa gare (toujours une Alpha, mais avec 7 vitres fumées noires et à pieds droits) et ses sièges, des "Doudouk" quadriplaces. Son tapis d'embarquement, comme pour ses deux confrères quadriplaces, lui confère un débit théorique de 2400 personnes/heure qui est presque atteint (photo 8). Son arrivée au sommet de la Floria et non plus en contrebas permit la transformation sans terrassement de deux itinéraires hors-pistes. Ces pistes "supplémentaire", la rouge "des Dames" et le couloir "de la Sonnerie" (autrefois connu sous le nom de "noire des Bouts"), furent dédiés au ski sportif délaissé depuis longtemps par la station.

Tout ceci s'accompagna de l'enneigement artificiel, toujours en réseau monofluide et à basse pression, du haut de la Floria. Ainsi, le haut de la Tolar fut (enfin) enneigé deux ans après le bas, le haut de la combe de la Floria (aussi nommée "les Languières" puis "les Lanches") ainsi que la piste passant sur l'épaule et dans le goulet (la rouge "de la Floria") furent aussi équipés jusqu'au sommet des Outalays. Bien que ce dernier équipement n'ait quasiment jamais été utilisé, le domaine enneigé prit une nouvelle dimension, devenant de facto plus attractif.

En l'an 2000, débutèrent les travaux de la future "piste 2000" au sommet du Lachat (dynamitage et reprofilage du goulet) qui allaient durer cinq années : un record pour une création de piste !

Puis, en 2001, l'optimisation du domaine passa à la vitesse supérieure : à partir de là, fini les télésièges fixes... Ainsi, le Lachat, obsolète, saturé et à bout de souffle fut enfin remplacé...par un télésiège débrayable six places !!!

Le nouvel appareil de type "Phoenix 6", doté de gares "Satellit" (dont la gare aval entièrement tavaillonnée sur demande de la commune) et de sièges "Doudouk" six places équipés des pinces débrayables "Oméga" fut installé non sans mal par la société Pomagalski : il fallut en changer le tracé, suite à la découverte d'une faille géologique ! (photos 9 et 10). Quand il ouvrit le 31 décembre 2001 en plein après midi, la clientèle se précipita pour essayer la nouvelle merveille dont l'installation avait été attendue depuis des années et dont l'ouverture l'était depuis le début de saison ! Bien sûr, il y eût de petits couacs classiques (erreurs de cadencement des sièges dues au rodage, arrêts prolongés avec évacuation par le moteur de secours) mais l'appareil enchanta tout le monde : on ne parla que de lui dans les mois qui suivirent et ce fut une révolution sans précédent sur le domaine, au point qu'il devint le fer de lance de la nouvelle image du Grand-Bornand à travers un spot publicitaire télévisé dont le slogan était "le Grand-Bornand change d'allure" !!! Du jamais vu !

Parallèlement, afin de garantir l'accès à cette pure merveille, le bas de la piste des Languières fut terrassé, doté d'une adduction d'eau et équipé d'enneigeurs bifluides. Il en fut de même sur le chemin de retour Côte/Outalays, qui permettrait désormais le retour au Chinaillon tout au long de la saison. Et depuis le sommet du Lachat, les skieurs pouvaient emprunter une nouvelle "piste 2000" inachevée et dangereuse, mais pleine de promesses ! (photo 11).

Tout ceci contribua à provoquer l'accélération du bétonnage et la spectaculaire hausse des prix de l'immobilier, également initiée par les campagnes de publicité ciblées de la station à destination de la clientèle étrangère notamment belge et anglaise qui arriva dès lors de plus en plus massivement. Le Grand-Bornand, effectivement, "changeait d'allure" (photo 12), reniant progressivement la clientèle qui l'avait créé.

En 2002, les investissements furent consacrés à la création d'une centrale de compression d'air pour optimiser le réseau bifluide existant et au passage en bifluide du réseau du bas des Outalays par prolongement de celui évoqué ci-dessus (photo 13).

En 2003, à partir du réseau des Gettiers, on dériva une branche vers la Mulaterie permettant l'enneigement de la liaison par les désormais incontournables perches bifluides, remplaçant là encore les canons monofluides en bas du Châtelet.

Mais surtout, le bon vieux téléski du Maroly céda la place au nouveau télésiège débrayable six places Poma du même nom, le second du domaine, dont les caractéristiques techniques sont identique à celles du Lachat (gares "Satellit", sièges "Doudouk" 6 places). Son débit provisoire de 2250 personnes/heure renvoya dès son inauguration au rang de souvenirs les queues au pied des installations du secteur, qu'il concurrença dès lors très fortement (photo 14). Sa réalisation s'accompagna de travaux de terrassement titanesques sur le haut du plateau de la Nouvelle (100 000 m³ de terre déplacée !!!) dont la partie la plus spectaculaire fut le rabotage de la crête du plateau dans l'unique but d'offrir aux touristes une superbe vue sur les Aravis hélas bientôt gâchée par la pose du filet ! L'appareil fut comme celui du Lachat aussitôt adopté et loué par la clientèle, contribuant à dorer davantage l'image de la station et à y faire flamber les prix.

Cette année vit aussi disparaître les téléskis de la Cour : alors que cela avait été envisagé, ils ne furent pas remplacés...

En 2004, seules furent installées quelques perches sur la Floria au niveau du bois de la piste des Pessotays (ex "Noire des Pylônes"), à partir du réseau Côte/Mulaterie déjà cité et 2005 vit la poursuite de l'extension des réseaux de neige artificielle à la Floria sur la piste des Eglantines, ainsi que la restructuration du vieux réseau du bas de la piste des Envers dont le bas fut à cette occasion heureusement repensé, notamment du fait d'une déviation de la piste.

Ca a pas mal déménagé aussi au Maroly, avec de nouveaux terrassements sur la piste rouge des Chardons, et l'achèvement (enfin !) de la Piste 2000 dont le bas a été créé de toute pièce dans le mur du Maroly, sur l'emplacement de l'ancien raidillon du téléski. Et bien sûr, il y eût le creusement du nouveau lac artificiel géant destiné offrir à terme la possibilité d'enneiger 80% du domaine actuel et d'une capacité de 303 000 m³ sur le plateau de la Nouvelle, commencé en 2005 et achevé (photo 15) après un long chantier plein d'imprévus à l'été 2007.

2007 qui vit également le retour du téléski "en dur" et à enrouleurs qui plus est au Bois des Raîches. Cet appareil de 460 mètres destiné aux débutants et desservant une joli piste verte qui, aussi modeste soit elle, constitue la première extension du domaine depuis 1984, permet d'assurer également le retour vers la Joyère et le village en délestant le téléski de la Côte. Chose inédite au Grand-Bornand depuis 1945, il a été construit par un constructeur étranger, l'autrichien Doppelmayr ! (photo 16)

Doppelmayr qui remporta du même coup le marché de la construction du troisième télésiège 6 places débrayable du domaine, la Floria, dont le chantier commencé en octobre 2007 s'acheva après moultes péripéties en octobre 2008, supprimant au passage le téléski de la Bournerie ainsi que le télésiège triplace de la Floria en rendant le front de neige méconnaissable (destruction de bâtiments historique dont celui de la Beausite, rasage de la forêt du bas) mais contribuant une fois encore à l'augmentation du chiffre d'affaire de la SAEM du fait de ses performances indiscutables... (photo 17)

"Le Grand-Bornand change d'allure" : ce slogan était-il prémonitoire ? Le Grand-Bornand, c'est un fait, à changé d'allure à toute allure durant cette décennie 2000. 

Que nous réserverons les années 2010 ?

 

1) Publicité de Montagner ayant pour support l'installation des Terres Rouges (1995) 
 
 
2) La neige artificielle est devenue un véritable argument commercial ! 
 
 
3) La liste des remontées en 1996 ; il n'y a pas eu d'évolution...  
 
 
4) Le plan des pistes de 1996 (1/2) 
 
 
5) Le plan des pistes de 1996 (2/2) 
 
 
6) Les travaux du Châtelet (septembre 1997) 
 
 
7) Le télésiège quadriplace des Gettiers, construit en 1998, fit disparaître les téléskis du Baby, du Mini-Schuss et des Outalays
 
 
8) Le télésiège de la Tolar en avril 2000, à la fin de sa première saison 
 
 
9) Juillet 2001 : le Mont Lachat de Chatillon est provisoirement rendu à la nature en attendant le nouvel appareil  
 
 
10) Juillet 2001, coulage des massifs de la gare de départ du futur télésiège débrayable six places 
 
 
11) La superbe piste 2000 fut enfin achevée en 2005 et offrit au domaine un dénivelé digne de ce nom 
 
 
12) Au départ du télésiège débrayable du Lachat en 2002, appareil qui comme son prédécesseur, révolutionna le domaine 
 
 
13) Nouvelle perche bifluide sur les Outalays en 2002 qui supplante désormais les enneigeurs à basse pression
 
 
14) Le télésiège débrayable du Maroly, sur la Nouvelle, a entraîné de très gros terrassements et à lui aussi révolutionné son secteur
 
 
15) Le lac du Maroly en chantier à l'été 2006 a été sans doute le plus gigantesque chantier qu'ait jamais connu le domaine ! 
 
 
16) Le téléski des Raiches (2007) fut le premier téléski en dur installé depuis 1980 ! 
 
 
17) La Floria, remontée historique s'il en est, a elle aussi été reconstruite en 2008 pour le plus grand bonheur de la clientèle 

 

Crédits photographiques :

Les clichés n°1 à 5 ont été retrouvés par mes soins. Le cliché n°12 provient de la société Poma. Je suis l'auteur des autres photos.

 

© Guillaume Attard pour www.ski-aravis.com (février 2010)  

 

 

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